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Erreurs et leçons

On apprend souvent beaucoup plus facilement et plus durablement en faisant les erreurs nous-mêmes, mais c’est préférable et moins douloureux d’apprendre en analysant les erreurs de parcours de quelqu’un d’autre. Voilà la raison de ce sujet qui pourra certainement aider les investisseurs ayant moins d’expérience. Je tiens à préciser que je ne suis pas un expert, je qualifierais mon niveau d’intermédiaire donc n’hésitez pas à contribuer à la discussion en approfondissant ou en posant des questions.

Je commencerais mon étude de cas en faisant une analogie avec la mini-série Chernobyl qui est sortie sur HBO il n’y pas très longtemps. Pour ceux qui ne l’aurait pas vu et qui sont trop jeunes pour savoir ce dont je parle Chernobyl est l’histoire de l’explosion d’une centrale nucléaire en Ukraine en 1986 suite à un défaut de conception et une série d’erreurs humaines qui ont précipité de façon exponentielle la catastrophe que l’ont connaît. Je veux justement m’attarder sur les erreurs humaines puisque c’est là où en tant qu’investisseur on peut s’améliorer. Toutes les entreprises vont avoir des failles et c’est à nous de reconnaître les pièges et de les éviter.

Dans mon cas ma centrale nucléaire explosée s’appelle Lite Access Technologies Inc. (LTE.V). J’ai acheté le titre à 2$ en mai 2017 suite à une chute spectaculaire du titre qui avait monté jusqu’à 3,90$ pas longtemps avant. J’étais de ceux qui avaient laissé passer la parade en voyant le titre monter de plus en plus haut et en me disant que j’attendrais un repli pour acheter. Voilà ma première erreur… la peur de passer à côté de quelque chose. Quand tu vois des gens autour de toi et sur les forums s’enrichir pendant que tu es sur les lignes de côté à te demander quand viendras ton tour tu commences à verser dans l’émotionnel et par conséquent le rationnel commence à s’estomper.

À ce prix-là c’était une aubaine que je ne pouvais pas laissé passer… deuxième erreur; ce n’est pas parce qu’un titre a baissé significativement qu’il s’agit d’une aubaine. Il y a presque toujoiurs une bonne raison pour qu’un titre baisse drastiquement. Dans le cas de LTE on est passé d’une entreprise qui génère des profits à une entreprise déficitaire. La situation était supposée être temporaire le temps que l’entreprise s’implante au Royaume-Uni, mais on sait maintenant que la réalité est tout autre et que ce soit l’entreprise ou les investisseurs tout le monde a mal évalué les risques de l’expansion au Royaume-Uni. En tant qu’investisseur qui n’avait pas de part dans l’entreprise j’aurais probablement dû attendre de voir comment le déploiement se passait avant de prendre une position.

Ma troisième erreur a été de prendre une trop grosse position initiale ce qui m’a mis une pression psychologique additionnelle quand le titre a baissé plus bas. Je devais average down pour me permettre de profiter d’un éventuel rebond. J’ai donc ajouté à ma position qui est par conséquent devenue encore plus grosse ce qui m’incitait à en rajouter à chaque fois qu’il y avait une baisse importante du prix de l’action. Tel un joueur de poker qui a mis beaucoup d’argent au centre de la table alors qu’il reste encore des cartes à sortir je devais soit accepter une perte importante ou espérer que les circonstances redeviennent positives. Comme il est plus facile d’espérer que d’accepter que j’avais eu tort j’ai persisté jusqu’à ce que ça devienne la position la plus importante de mon porte-feuille pendant un moment. J’ai fini par réaliser que la pente était pas mal plus raide que prévu et que l’Eldorado du Royaume-Uni était exactement ça, un mythe.

Ma plus grave erreur pendant tout ce temps était l’ignorance. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait et je me fiais aux autres pour me conforter dans le sentiment que la baisse était passagère et que tôt ou tard cet investissement allait devenir profitable. C’est inévitable d’être influencé un tant soit peu par ce qu’il y a autour de nous, mais quand on sait lire un état financier ou un rapport de gestion et qu’on prend le temps de le faire cela nous permet de prendre des décisions plus éclairées. Se renseigner le plus souvent possible sur les entreprises qu’on suit permet d’avoir une longueur d’avance sur ceux qui ne le font pas.

En conclusion, je dirais qu’il vaut mieux éviter d’acheter une entreprise juste parce qu’on a manqué le bateau au début. Prendre une grosse position de départ à la suite de la publication de résultats est souvent une erreur. La plupart du temps le meilleur moment pour acheter est la période entre la publications de deux états financiers alors que la volatilité a baissé. Avoir recours au average down est une arme à double tranchants. Il vaut mieux savoir ce que l’on fait et pourquoi on le fait avant d’y avoir recours. Avant toute chose il faut surtout comprendre et se renseigner. Se fier sur des experts n’est pas une solution. Dans le cas de LTE beaucoup d’investisseurs beaucoup plus chevronnés que moi se sont trompé et il ne faut pas oublier que tous ces gens ont avant tout leur intérêt personnel à coeur. Il n’est pas dit que pendant qu’ils disent qu’il faut acheter qu’ils ne sont pas en train de vendre. Il faut être vigilant et faire les choses de manière à prendre de l’expérience sans trop sortir de sa zone de confort.

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Excellent texte @Sly!

LTE.V est une belle leçon pour bien des gens, incluant moi-même. Tu marques plusieurs bons points quant aux erreurs à éviter!

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Meme erreur pour moi. On apprend a la dur.

J’ai fait très exactement les mêmes erreurs avec LTE. J’ajouterais aussi une autre erreur que j’ai commise pendant les dernières années avec ce titre;

La peur de vendre à perte.

Parfois, il faut s’avouer vaincu et une perte de 25% (chiffre aléatoire) est beaucoup mieux que proche de 100%. Quand LTE a commencé à avoir des difficultés à s’implanter et obtenir des contrats, il était clair que ça n’allait pas aller aussi bien que l’histoire qu’on nous avait racontée. Je n’hésiterai plus à vendre à perte si des circonstances font en sorte que l’investissement n’est plus aussi bon que ce qui a été évalué au départ. Je convoitais XBC à 0.25$ mais ‘je n’avais pas de liquidité’. J’en avais pourtant sous les yeux mais je n’étais pas prêt à assumer m’être trompé avec LTE. J’aurais pu perdre 50% de mon capital avec LTE, je serais revenu positif avec un bon investissement dans XBC.

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@lpg02

Excellent point dont je suis coupable également. Je viens de tout vendre aujourd’hui et d’accuser une lourde perte. Même si on trouve toujours plein de raisons pour ne pas vendre un titre perdant on devrait juste se demander si présentement ce capital peut être mieux utilisé ailleurs et la plupart du temps la réponse est oui. Tout ça pour essayer d’avoir raison plus tard, grave erreur!

Avoir de la difficulté à concrétiser une perte est une erreur très fréquente chez beaucoup de gens.

Pourtant, l’argent s’en fout de fructifier dans une compagnie plutôt qu’une autre. Il n’est pas nécessaire de se ‘‘refaire’’ avec la même compagnie qui nous a fait perdre. Alors pourquoi s’empêcher de vendre un titre lorsqu’on est perdant sur la position?

Aucune bonne raison. Le plus important est de s’assurer que l’argent est investi dans la meilleure opportunité disponible au moment présent, peu importe le passé. C’est là qu’il faut bien évaluer les fondamentaux et déterminer avec un oeil objectif s’il est justifié de conserver une position ou d’investir l’argent ailleurs, là où les perspectives sont meilleures.

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Bon text. Erreur que j’ai bien sur commise aussi (sur PTE) avec des conséquences tellement désastreuses que vendre aujourd’hui ne fait presque plus de sens. Dans le cas de LTE, je me demande à quels signes de rebond on aurait du attendre avant de racheter: la profitabilité? oui, mais le gain potentiel subséquent aurait été moindre bien sur. Le rachat d’actions de la part de la compagnie? Je ne sais pas si LTE avait le cash pour en ce moment. Les achats d’initiés? Si je ne me trompe pas, il y avait eu des achats de la part du management (y compris Carlo) au fur et à mesure que la baisse s’accentuait.

Ceci étant dit, c’est le jugement de chaque personne qui rentre en jeu et des titres qui rebondissent après des baisses significatives, il y en a aussi beaucoup (l’exemple de XPEL dernièrement). L’expérience de l’investisseur devient alors un facteur majeur dans sa prise de décision, i.e. sa capacité à lire derrière les lignes d’un rapport trimestriel.

Je me dis (en guise de réconfort) que les pertes que j’ai connues sont, en quelques sortes, l’équivalent des frais de scolarité payés pour acquérir de nouvelles compétences dans ce domaine :wink:

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Ça peut être correct de payer plus cher si le risque est bien moindre. L’important c’est de trouver à quel moment le ratio risque/rendement potentiel est le plus intéressant.

Dans certains cas, le risque est simplement trop important (ou ne convient pas à notre niveau de tolérance) et il est préférable d’attendre que les fondamentaux soient plus solides.

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Vraiment une bonne idée de partager nos erreurs !

Au-delà des aspects financiers et psychologiques (FOMO, average down, la peur de vendre à perte, chercher des signaux sans valeur prédictive, etc.) je pense qu’il y a une erreur encore plus fondamentale qui concerne le produit ou service.

Vous connaissez tous mieux LTE que moi, mais je me questionnerais à savoir si le service est scalable (avec économies d’échelles significatives), si le produit/service est suffisamment différencié et 10x meilleur que la compétition, etc. J’ai déjà publié quelques pensées sur UI, AKR, PTE et LTE sur le forum qui vont dans ce sens.

Le produit est la raison pourquoi je suis excité par XBC, PNG, CANN (même si je suis rentré dans le titre de façon spéculative), XPEL et de nombreuses startups, entreprises privées et large caps.

Rien ne bat un produit exceptionnel combiné à un bon canal de distribution (d’où l’expression Product-Market Fit), surtout si le modèle est scalable. Personnellement, je crois que toute analyse d’investissement devrait commencer par le produit. Je ne crois pas que la profitabilité ou la lecture d’un état financier puisse remplacer l’évaluation du produit.

Au minimum, je me dis que je dois être confiant et excité par le produit ou service pour garder une position 5-10 ans. C’est là que le vrai argent se fait.

I :heart: world-class products.

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L’impatience.

C’est définitivement quelque chose qui m’a coûté cher.
Impatient d’acheter surtout!
Combien de fois j’ai pris le temps de faire mon analyse, de me fixer un point d’entré (et même un ordre d’achat) et que hop finalement je perd patience et que j’achète, car j’ai peur de manquer le bateau! Au bout du compte le titre plonge et atteint justement mon point d’entré… des semaines plus tard. La patience est une vertue les ami(e)s.

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@raf

Je pense que la principale différence entre LTE et XPEL se situe au niveau du bilan. Les dirigeants de XPEL ont presque toujours bien exécuté et la chute du prix de l’action a surtout été causée par la poursuite de 3M. Une fois la poursuite réglée l’entreprise a continué d’afficher une croissance impressionante. Je pense que la valeur de LTE était gandement basée sur l’opportunité et quand l’opportunité s’est révélée être un mirage il ne restait plus grand chose pour justifier un intérêt dans l’entreprise. Comme Quimp a dit c’est pas comme si le produit était révolutionnaire ou même si intéressant que ça.

@Quimp

Je suis d’accord qu’un produit exceptionnel fait une grosse différence. Dans le cas de LTE le service offert avait quand même une longueur d’avance sur la concurence à ce moment-là. Par contre, là où je te rejoins complètement est que le produits de LTE nécéssitait énormément de main d’oeuvre ce qui accroissait d’autant le risque associé à l’entreprise. Dans le cas où ils auraient été en mesure de décrocher des contrats avec des termes favorables ça aurait pu fonctionner mais la réalité était tout autre et tout ce qu’ils ont réussi à accomplir c’est de brûler 20M$. Probablement qu’une bonne équipe de gestion comme celle de XPEL n’aurait jamais mis les pieds au Royaume-Uni sachant que les contrats offerts n’étaient pas assez intéressants pour justifier le risque encouru.

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Moins leçon que stratégie mais ce bout de blog de Howard Lindzon a attiré mon attention:

I was posed the following question the other day in one of my Ask Me Anything sessions:

Imagine you meet someone new who claims to be a “financial expert.” If you could only ask them one question to determine if they are legit, what question would you ask?

It has been a few days and I don’t have the answer, but I will eventually get back to everyone when I do because I think it is important. For my investing my ‘one big thing’ is price. I look at all-time highs and then focus on the catalyst (the one big thing) that has driven the stock to all-time highs and try to imagine if that can continue.

Donc, selon lui, une évaluation big-picture d’un titre consisterai à trouver le ATH et de comparer le catalyseur principal du moment correspondant à celui du présent (s’il y en a).

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